Quelle audace d’espérer ! *

Le Mouvement des travailleurs chrétiens d'Europe (MTCE) a organisé du 22 au 25 septembre 2022 à Lisbonne, au Portugal, un séminaire intitulé "Impact de la pandémie du coronavirus sur l'emploi et les affaires sociales - expériences et mesures pour la reconstruction". 35 représentants d'organisations membres, de 8 pays européens, ont participé au séminaire et ont tous contribué en apportant leurs expériences et leurs projets.

La pandémie de Coronavirus n'est pas seulement un problème de santé publique. C'est aussi un problème social qui a mis en exergue, voire aggravé des problèmes préexistants : pauvreté, chômage, inégalités sociales, de genre…. Les différences se sont accrues.

L'Europe, la guerre, Dieu, les personnes

En cette année 2022, nous célébrerons la Journée de l'Europe (9 mai) avec pour toile de fond la terrible guerre en Ukraine.

Que pouvons-nous dire, nous chrétiens ?

Comme ce fut également le cas pour COVID, il semble que le drame en Ukraine soulève à nouveau des questions sur Dieu, la vie et l'être humain. Que fait Dieu face à tout cela ? Où est Dieu face à ces rues vides, peuplées uniquement de cadavres, certains avec les mains attachées dans le dos ? Où est Dieu face à ces mères désespérées parce qu'elles ne savent pas comment libérer leurs enfants de la panique, de la faim ou de la souffrance au-delà de leurs petites forces ? Comment est-il possible que Dieu permette ce qui se passe en Ukraine aujourd'hui ? Ou ce qui s'est passé dans les différents Auschwitz d'hier.

Nous voulons être chrétiens et témoins de la proposition de salvation et de libération que Jésus-Christ offre à la société et au monde du travail, mais les personnes qui nous entourent nous posent ces questions.

Le problème du "silence de Dieu", les chrétiens ont dû le supporter depuis le début des temps.

Vidéo : La plus grande couverture de pique-nique du dimanche au monde

En mars 2022, il y aura 1.701 ans aprés le décret de l'empereur romain Constantin qui a établi le dimanche comme jour de repos dans tout l'Empire romain. Dans plusieurs endroits en Europe, les initiatives se multiplient pour marquer la célébration de la Journée internationale du dimanche sans travail, le 3 mars.

En Allemagne, le mouvement catholique des travailleurs profite de cette journée pour exprimer sa profonde inquiétude quant à l'avenir du dimanche libre et demande instamment aux pouvoirs politiques de continuer à appliquer la loi protégeant le dimanche comme jour de repos en Allemagne. Ce mouvement pour le dimanche libre ne représente pas seulement les partisans du KAB - le mouvement des travailleurs chrétiens d'Allemagne, mais d'innombrables personnes qui considèrent le dimanche comme un symbole d'une vie façonnée dans la liberté et l'autodétermination.

Sœurs, frères, chers poètes sociaux!

1. Chers poètes sociaux

C’est ainsi que j’aime vous appeler, «poètes sociaux». Parce que vous êtes des poètes sociaux, dans la mesure où vous avez la capacité et le courage de susciter l’espérance là où n’apparaissent que le rejet et l’exclusion. Poésie veut dire créativité, et vous, vous crèez l’espérance. Avec vos mains, vous savez forger la dignité de chacun, celle des familles et de toute la société avec la terre, le toit et le travail, le soin et la communauté. Merci parce que votre dévouement est une parole faisant autorité, capable de démentir les renvois silencieux et très souvent «éduqués» auxquels vous avez été soumis, ou auxquels sont soumis un grand nombre de nos frères. Mais en pensant à vous, je crois que votre dévouement est surtout une annonce d’espérance. Vous voir me rappelle que  nous ne sommes pas condamnés à répéter ni à édifier un avenir fondé sur l’exclusion et l’inégalité, sur le rejet ou sur l’indifférence; où la culture du privilège soit un pouvoir invisible et incontournable et l’exploitation  et l’abus soient comme une méthode habituelle de survie. Non! Cela, vous savez très bien l’annoncer. Merci. 

Merci pour la vidéo que nous venons de partager. J’ai lu les réflexions de la rencontre, le témoignage de ce que vous avez vécu en ces temps de désarroi et d’angoisse, la synthèse de vos propositions et de vos aspirations. Merci. Merci de me faire participer au processus historique que vous traversez et merci de partager avec moi ce dialogue fraternel, qui cherche à voir le grand dans le petit et le petit dans le grand, un dialogue qui naît dans les périphéries, un dialogue qui arrive à Rome et dans lequel nous pouvons tous nous sentir invités et interpellés. «Pour nous rencontrer et nous entraider, nous avons besoin de dialoguer» (Enc. Fratelli tutti, n. 198), et ô combien!

Je remercie le directeur général, M. Guy Ryder, qui m’a invité si aimablement  à présenter ce message au sommet sur le monde du travail. Cette conférence a été convoquée à un moment crucial de l’histoire sociale et économique, qui présente de graves et vastes défis pour le monde entier. Ces derniers mois, l’Organisation internationale du travail, à travers ses compte-rendus périodiques, a accompli un travail digne d’éloges, en consacrant une attention particulière à nos frères et sœurs les plus vulnérables.

Au cours de cette crise persistante, nous devrions continuer à avoir un «soin particulier» du bien commun. Beaucoup des bouleversements possibles et prévus ne se sont pas encore manifestés, des décisions attentives seront donc demandées. La diminution des heures de travail au cours des dernières années s’est traduite aussi bien en perte d’emplois qu’en une réduction de la journée de travail de ceux qui l’ont con-servée. Beaucoup de services publics, ainsi que des entreprises, ont dû faire face à de terribles difficultés, certains en courant le risque de connaître une faillite totale ou partielle. Dans le monde entier, nous avons observéune perte d’emploi sans précédent en 2020.

Dans la hâte de revenir à une plus grande activité économique, au terme de la menace du Covid-19, évitons les fixations insistantes sur le profit, l’isolement et le nationalisme, le consumérisme aveugle et la négation des évidences claires qui signalent la discrimination de nos frères et sœurs «que l’on peut exclure» de notre société. Au contraire, recherchons des solutions qui nous aident à construire un nouvel avenir du travail fondé sur des conditions de travail décentes et dignes, issu  d’une négociation collective, et qui promeuve le bien commun, une base qui fera du travail une composante essentielle de notre soin de la société et de la création. Dans ce sens, le travail est vraiment et essentiellement humain. C’est de cela qu’il s’agit, qu’il soit humain.

RERUM NOVARUM (15 mai 1891) et la naissance de la Doctrine Sociale Catholique

Le 15 mai 1891, le pape Léon XIII a publié l'encyclique RERUM NOVARUM. C'est la naissance de la Doctrine Social Catholique. En tant qu'Église, c'était la volonté de regarder vers un nouvel avenir dans lequel de forts changements économiques, sociaux, politiques, spirituels et culturels étaient annoncés. En cette année jubilaire de 2021, nous jetons un regard sur 130 ans d'histoire.

La publication de l'encyclique Rerum novarum du pape Léon XIII est considérée comme la naissance de la Doctrine Social Catholique. Mais comme il est habituel avec les naissances, il a eu une longue "gestation".

Le 19e siècle est riche en bouleversements : jusqu'alors, la majorité de la population vivait de l'agriculture et, dans une moindre mesure, du commerce. L'invention de la machine a conduit non seulement à la séparation du travail et du capital, mais aussi à la concentration des travailleurs. Cela a entraîné un grand bouleversement économique, suivi d'un bouleversement social.

 

Voilà plus d’un an que notre planète fait face à une crise sanitaire et sociale qui nous impacte tous. Toutefois tous les milieux sociaux n’en subissent pas les conséquences de la même manière.

Les classes populaires, les ouvriers, les employés sont les plus exposés aux risques de contamination. Le taux de mortalité de ces catégories sociales y est ainsi bien plus élevé que dans les milieux les plus aisés.

Les classes populaires sont les plus touchées

Les conditions de travail sont devenues de plus en plus difficiles, les mesures de prévention nécessaires ont conduit à une augmentation conséquente de la charge de travail pour certains salariés qui ne peuvent effectuer leurs taches à distance. Pour d’autres, le télétravail a été une mesure subie pouvant conduire à de fortes pressions, de l’isolement et une exploitation renforcée.

 

La démocratie se nourrit d’expériences positives et de participation

Racines

L’idée des Dimanches sans travail tire son origine dans le judaisme et consitue ainsi, avec ses 2500 ans d’histoire, la plus ancienne législation sociale de l´Humanité. Dans l’Ancien Testament l'ultime de la création n'est pas la création de l'homme, mais le repos de Dieu, le septième jour (Gn 2,1-3). L'achèvement du travail réside dans le repos. Ce droit au repos doit être garanti pour tous - pour les femmes, les hommes, les serviteurs, les esclaves et les étrangers, ainsi que pour les animaux et enfin, la nature. (Dtn 5,14)

En Europe, les dimanches fériés et libres du travail comptent parmi les plus anciens biens culturels et doivent donc être préservés comme faisant partie de notre patrimoine culturel. Il est légitime de les revendiquer. Ils peuvent servir de sécurité et de protection pour les personnes et la nature contre leur exploitation. Dans la vie professionnelle actuelle, le dimanche férié peut être considéré comme le lien entre le temps que l’on consacre à l'extérieur et notre vie privée. Dans la conception judéo-chrétienne de l'être humain, chaque personne est plus que ce qu'elle accomplit au travail. Prendre régulièrement du temps libre, dans le sens d'une "bonne vie pour tous" permet et renforce la conscience d'une dignité humaine sans limites. Le sabbat ou le dimanche offrent un cadre pour cela.

 

La réunion du groupe de coordination du MTCE a eu lieu ce 13 février 2021. Les circonstances de la pandémie de Covid-19 ont obligé le groupe à se réunir par voie télématique, un nouveau défi qui l'amène à travailler et à planifier l'avenir du mouvement européen d'une manière différente. Ont participé à cette réunion, la présidente, Olinda M., (Portugal), l'aumônier Josep J. (Espagne), le trésorier Armin H. (Suisse), le coordinateur Toni M. (Espagne) ainsi que les représentants des mouvements d'Espagne (HOAC et ACO), d'Italie, de France, d'Allemagne, de Suisse (KAB et CTC), d'Autriche et d'Angleterre, et les représentants du mouvement mondial du MMTC : Fátima C. (Portugal) coprésidente, Mariléa D. (Brésil) Secrétaire général, Bernard R. (France) Aumônier et Philippe Ch. (France) Trésorier.

Les points habituels de l'ordre du jour ont été discutés, ainsi que la préparation de diverses modifications des statuts à discuter lors de l'Assemblée générale prévue pour septembre 2021, qui se tiendra, si possible en présentiel à Lisbonne, soit en ligne.

 

Prière pour notre monde en souffrance

Seigneur,

nous venons devant vous en ces temps sombres et difficiles.

Nous venons vous expliquer la douleur et la mort

que provoquent cette pandémie qui décime nos peuples.

Nous faisons nôtres les paroles du psalmiste :

" Je dis au Seigneur : « Mon refuge, mon rempart,

mon Dieu dont je suis sûr ! »

C’est lui qui te sauve… de la peste maléfique…

Tu trouves sous son aile un refuge… Tu ne craindras ni les terreurs de la nuit…

ni la peste qui rôde dans le noir,

ni le fléau qui frappe à midi" (Ps 91, 2-6).

 

Seigneur,

en vous nous avons confiance en ces instants

où tant de nos frères et sœurs,

si faibles, vivent dans leur chair

la douleur de la Passion et de la Mort de Jésus-Christ, votre Fils.

 

 

 

« Réconfortez, réconfortez mon peuple » (Es 40,1) C'est par ces paroles d'espoir et de confiance du prophète Isaïe que nous commençons ce message de Noël adressé à tous les membres des mouvements composant le MTCE, en ces temps difficiles pour notre monde et pour l'Europe. La pandémie COVID-19 a fait payer un lourd tribut à nombre de nos concitoyens, tant sur le plan sanitaire qu'économique, et a été encore plus durement ressentie par ceux qui souffrent des pires conditions de vie. En outre, de nombreux citoyens européens sont morts dans nos pays à la suite de cette pandémie.

« Parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle d’hôtes » (Lc 2, 7). Bon nombre des situations précaires dont souffrent de nombreux citoyens européens ont été vécues par Jésus, le Fils de Dieu, à sa naissance. Une situation de pauvreté vécue à notre époque par de nombreuses personnes : travailleurs licenciés, emplois détruits, malades, séquelles psychologiques, décès, et autres conséquences qui nous détériorent tout aussi bien comme individus qu’en tant que société.

« Allons donc jusqu’à Bethléem et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître » (Lc 2, 15). Les conditions de santé et de travail que connaît notre société nous appellent à nous approcher de la crèche de Bethléem et à y contempler Jésus qui est né au milieu de notre monde blessé par la précarité et la douleur. C'est pourquoi nous répétons l'action des bergers lorsque nous nous approchons de ceux qui souffrent le plus de cette pandémie. Que la solidarité, l'amour fraternel et le don de notre temps marquent notre visite à la pauvre et humble crèche qu'est notre monde aujourd'hui.

 

Le 16 octobre 2020, le MTCE a tenu son assemblée générale annuelle. Cette fois, elle a été organisée par voie télématique en raison de la pandémie de COVID-19. Des représentants de 11 mouvements de 9 pays européens y ont participé. Trois représentants du MMTC (Mouvement Mondial des Travailleurs Chrétiens) ont également participé

L'élection du nouveau président a été un moment fort. Olinda Marques, membre du mouvement LOC-MTC au Portugal, a été élue à l'unanimité pour remplacer Petr Koutný du mouvement KAP en République tchèque, qui avait été président pendant deux ans.

En outre, les activités menées par le MTCE et ses mouvements membres depuis la dernière Assemblée générale, tenue à Ostende, en Belgique, en octobre 2019, ont fait l'objet d'un rapport.

Avec la satisfaction d'avoir pu tenir cette réunion fraternelle, bien qu'à travers des écrans, nous nous sommes mis en place pour la prochaine assemblée, prévue pour septembre 2021 à Lisbonne.

 
 
 


Requiem pour une Europe qui doit mourir, ode à une Europe espérée


1. En ces jours de Covid-19, nous voyons comment la société et les classes populaires et ouvrières s'organisent en réseaux de solidarité et de soutien mutuel. Nous assistons à une renaissance de l’action communautaire et de l'attention portée aux personnes les plus vulnérables. Nous voyons comment le dur travail de la communauté des soins de santé est reconnu chaque jour, la centralité des travailleurs domestiques et des travailleurs qui s'occupent des malades et des personnes dépendantes, l'héroïsme de tant de saints du quotidiens, comme le pape François aime les appeler, malgré toutes les difficultés et malgré le fait que nous avons toujours été inoculés par le virus de l'individualisme, et plus encore par ce capitalisme prédateur et fratricide qui nous a amenés au bord du précipice.

2. Par conséquent, si ce tissu humain se reconstruit à partir du petit, avec beaucoup de gouttes d'amour, d'humilité et de générosité, nous aspirons à voir ces dynamiques dans les instances qui nous gouvernent et aussi dans les entreprises où nous travaillons. Ainsi, il est douloureux de voir comment, en Europe et dans les institutions communautaires, les gouvernements des États membres reproduisent des dynamiques pour leur intérêt propre qui étaient déjà présentes, sans aller plus loin, dans la crise financière de 2008, et qui doivent être surmontées en cette période très grave.

 

Aux frères et aux soeurs des mouvements et organisations populaires

Chers amis,

Je pense souvent à nos rencontres : deux au Vatican et une à Santa Cruz de la Sierra et je vous avoue que ce « souvenir » me fait du bien, me rapproche de vous, me fait repenser à tant de discussions partagées durant ces  rencontres et aux nombreux projets qui en sont nés et y ont mûri, et dont beaucoup sont devenus réalité. Aujourd’hui, en pleine pandémie, je pense particulièrement à vous et je tiens à vous dire que je suis à vos côtés.

En ces jours de grande angoisse et de difficultés, nombreux sont ceux qui ont parlé de la pandémie dont nous souffrons en utilisant des métaphores guerrières. Si la lutte contre le COVID-19 est une guerre, alors vous êtes une véritable armée invisible qui combattez dans les tranchées les plus périlleuses. Une armée sans autres armes que la solidarité, l’espoir et le sens de la communauté qui renaissent en ces jours où personne ne peut s’en sortir seul. Vous êtes pour moi, comme je vous l’ai dit lors de nos rencontres, de véritables poètes sociaux qui, depuis les périphéries oubliées, apportez des solutions dignes aux problèmes les plus graves de ceuxqui sont exclus.

Je sais que très souvent vous n’êtes pas reconnus comme il se doit, car dans ce système vous êtes véritablement invisibles. Les solutions prônées par le marché n’atteignent pas les périphéries, pas plus que la présence protectrice de l’État. Vous n’avez pas non plus les ressources nécessaires pour remplir sa fonction. Vous êtes considérés avec méfiance parce que vous dépassez la simple philanthropie à travers l’organisation communautaire, ou parce que vous revendiquez vos droits au lieu de vous résigner et d’attendre que tombent les miettes de ceux qui détiennent le pouvoir économique. Vous éprouvez souvent de la colère et de l’impuissance face aux inégalités qui persistent, même lorsqu’il n’y a plus d’excuses pour maintenir les privilèges. Toutefois, vous ne vous renfermez pas dans la plainte : vous retroussez vos manches et vous continuez à travailler pour vos familles, pour vos quartiers, pour le bien
commun. Votre attitude m’aide, m’interroge et m’apprend beaucoup.